Course : Run The Bluegrass 7-miler
Distance : 11,25 km (7 miles), juste de côtes
Lieu : Lexington, Kentucky
Météo : 4 degrés, vent et pluie
Course #10
Le Kentucky n'est pas nécessairement une destination recherchée des Québécois, mais j'ai un faible pour Lexington ("horse capital of the world", rien de moins). Peut-être à cause de Secretariat. Ou peut-être juste à cause de la grande beauté des pâturages de chevaux à perte de vue. Bref, en plein coeur de janvier et de la haute saison de traduction, j'ai décidé qu'une petite pause seule me ferait du bien. Alors pourquoi ne pas joindre l'utile à l'agréable?
Il faut dire que l'an dernier, lors de mon voyage de vélo avec mon amie Isa, on a pédalé une partie du parcours. L'enfilade infinie de côtes m'avait complètement découragée. Je m'étais dit à ce moment que jamais de ma vie je n'arriverais à courir un tel parcours. Mais le frette de notre hiver particulièrement désagréable et les journées de 14+ heures de travail ont eu raison de mon bon sens et j'étais prête à tout pour revoir Lexington et pour participer à ce qui avait l'air d'être la course la plus le fun et la mieux organisée du monde selon sa page Facebook - même à mourir un peu dans 11,25 km de côtes.
C'est donc avec un léger sentiment de syndrome de l'imposteur que je suis partie de Dorval vendredi matin pour mon escapade de moins de 48 heures (j'ai telllllement pas l'air d'une coureuse internationale! haha!). Après le déglaçage interminable de l'avion (merci tempête de neige de fin mars) et une connexion manquée à Detroit, je suis finalement arrivée à destination. Avec onze heures de transit dans le corps, un restant de mal de coeur de toute la turbulence du dernier vol mais aussi mon plus grand sourire, j'étais enfin là! Direction Expo, à la piste de course Keeneland (site de départ et d'arrivée de la course, et d'ailleurs site de tournage pour les films Secretariat et Seabiscuit!), pour faire le plein de marchandise officielle et récupérer ma trousse de participant.
Dossard, programme et chandail technique du participant (Nike Dry-Fit!)
Chaque année, la course met à l'honneur un des grands chevaux de course de l'histoire. Cette année, tout était à l'effigie et aux couleurs de Zenyatta.
Tellement chanceuse de tomber sur une année avec du ROSE!
Plusieurs activités étaient proposées aux coureurs pendant le "race weekend" - visites guidées de Keeneland, de producteurs de bourbon et de fermes d'élevage de chevaux de course, souper pré-course, party post-course, cours de yoga du lendemain matin, etc. Comme je ne restais vraiment pas longtemps, j'ai pris seulement la visite du parcours du demi-marathon en autobus (pour voir si les côtes étaient aussi pires que dans mon souvenir).
Le paysage est comme ça tout le long du parcours. À couper le souffle.
Mais ça donne aussi une idée d'à quel point il n'y a aucun plat nulle part!
J'ai ensuite passé la soirée à l'hôtel à essayer plein de kits et me demander ce que je porterais le lendemain, parce que la météo annoncée était vraiment atroce. C'était presque distrayant de stresser sur autre chose que les côtes.
Samedi matin. Il faisait effectivement frette et laid dehors. Déjeuner rapido et hop, en route pour Keeneland. J'ai fini par mettre presque tout ce qu'il y avait dans ma valise, et j'ai apporté mon petit imperméable de vélo au cas. Une chance, parce qu'il a commencé à pleuvoir juste avant le départ. Tant pis pour mon beau costume de "Team Canada" (j'étais une des quatre Canadien(ne)s sur les 4000+ coureurs - ça méritait un costume... qu'on a pas tellement vu, mais l'intention était là).
Le prix du meilleur costume revient assurément à ce trio : Zenyatta elle-même, son jockey et la madame-spectatrice-de-derby (qui devait être congelée la pauvre!).
J'étais dans la vague 7, comme tous les autres participants du 7-miler. La première vague partait à 9h, et les vagues se succédaient toutes les 2 minutes. Chaque vague avait droit à son propre décompte par Eric, le directeur de la course, et le monsieur-à-trompette-de-Keeneland.
Enfin 9h12, et c'est un départ!

J'ai peu de souvenirs de la course comme telle. Évidemment, vu le temps de MARDE, tous les chevaux étaient restés à l'intérieur, et les pâturages étaient vides. Et vu le printemps tardif là-bas aussi, les champs étaient plus bruns que verts et les arbres étaient toujours dénudés. Mais je ressentais quand même une grande sérénité. C'est ma première course où je n'ai rien pensé de plate ("c'est don bin long", "j'ai juste 1 km de fait", "je suis vraiment tannée", "c't'idée aussi de faire des courses", "j'ai vraiment payé pour ça?", etc.). En fait, je n'ai rien pensé du tout, je profitais du silence seulement meublé par le bruit de la pluie et des pas des coureurs. Comme le parcours emprunte des rangs de campagne et traverse des grosses fermes d'élevage de chevaux de course, il y a très peu de spectateurs. Mais les sourires des bénévoles frigorifiés aux stations d'aide et des quelques courageux qui ont bravé les conditions météo donnaient tout un boost. Malgré le frette et le vent, j'avais l'impression de gambader dans un champ de fleurs en chantant "lalalalala". Bref, j'étais heureuse d'être là. J'ai l'impression d'avoir couru avec le sourire tout le long.

Je trippe, malgré les piscines dans mes souliers!
Évidemment, c'est facile d'avoir l'air heureux pour les photos. Mais voici ma face avant que je me rende compte qu'il y avait un photographe :
Juste trop contente!
Et la couette au vent... j'ai l'air d'aller viiiiiite!
Et vraiment beaucoup de côtes plus tard...
... enfin la ligne d'arrivée!
Épuisée, mais toujours souriante!?
Enfin! Une bénévole m'a mis ma médaille au cou, et dès que j'ai été à l'abri de la pluie, j'ai immortalisé le moment en photo :
Malgré les doigts et le cerveau gelés, je suis assez contente de ma photo, car en général, mes selfies ont plutôt l'air de ceci :
Selfie raté #1
Selfie raté #2
Oui, ma face était gelée dans cette position.
Je me suis séchée et changée, j'ai bu et mangé (il y avait tellement de choix!), j'ai profité des massages gratuits, j'ai fait graver mon nom et mon temps (1:26:18) sur ma médaille, j'ai pris quelques selfies ratés (voir plus haut), puis je suis retournée à l'hôtel pour une douche chaude bien méritée. Et oui, ma face a fini par dégeler de sa position de sourire niais figé!
C'était ma plus longue distance de course à vie, et de loin le parcours le plus difficile (ai-je parlé des CÔTES??? et de la météo de MARDE???). Mais c'était aussi ma plus belle course jusqu'à maintenant, tant pour son paysage que pour son déroulement. L'ambiance et l'organisation étaient absolument parfaites. Et que dire de la médaille...! I'm in LOVE!
Jamais été aussi fière d'un dossard et d'une médaille!
Le voyage en valait-il la peine? Absolument! Suis-je déjà inscrite pour les 13.1 miles du demi-marathon l'an prochain? Ça se pourrait bien...!